À nouveau novembre

Si un soleil naît
Sur la torpeur qui s’installe
L’ennui disparaît

Il creuse un sillon
Jusqu’au souvenir du sang
Ce lieu dans ton ventre

L’hiver qui s’en vient
Son épaisse volée blanche
Couve aussi le temps

Tu poses ta main
Dans la nuée de la vitre
Paisible ordonnance

Posée sur les courbes
Arrondies des champs les dunes
Caressées par le vent

Novembre et ses deuils
Ses chairs rosées de laitance
Nécessaire cocon

© Aile ~
novembre 2014


Bourrasque

Dans un boucan d’enfer je vois ma ville pencher vitesse grands vents ce sont mes yeux brouillés ou la fenêtre ou bien le temps avec ses éclaircis humides ses clous drus ses salves de mouchoirs gelés ou je ne sais trop les girouettes étourdies indiquent des nords qui ne tiennent pas la route l’écran se referme sur des ombres en accéléré le sol claque la porte à la gravitation les passants virevoltent entre les plus hautes tours comme des serpentins de prières pêle-mêle soigneurs et amputés façonnent des moules dans la glaise tandis que les pies voleuses pavent un ciel réservé aux pilleurs de graines

la force décuplée des calculs a bousculé les traditions

des peuplades s’effondrent

les oiseaux partent au vent

 

Aile


Bouture aérienne

*

Corps écorcé dans l’arbre

gorgé de sève et sang

je me laisse être

*

tout grouille dans l’inertie

brumeuse des escarmouches

le vent souffle dans nos bouches

des ailes de grives

des vapeurs chaudes

et des clameurs d’orage

*

ma raison coule

douce et fluide

au cocon des lunes

– – –

Aile ~

septembre 2012

 


Dans la poussière des trombes

Dans la poussière des trombes

 

S’il existait un carcan

Quelque chose d’impassible

Pour étayer le cœur

Garder les eaux en place

Tu ferais face au glaive

Imperturbable

Enraciné dans la mouvance

Jusqu’au bout

Mais voilà

Pas de plâtre pour les micro-fractures

Pas d’attelles pour les entorses de l’endocarde

Le temps que la moelle reprenne

Tu avances quand même

Avec tes pieds qui veulent

Et ta chanson qui vole

Il y a ta route à suivre

Pas à pas

Dans la poussière des trombes

Comme dans les nuits paisibles

 

Aile ~

Louise Dostie

30 août 2012


Allons!

à demain


Allons! Vivement, rengorger la parole vile, vivement remplir la rue, l’occuper! L’occuper de vies et de voix, de banderoles fleurissantes de bons mots, de cymbales et de cuillers pour cuisiner un nouveau monde, et un jour d’août comme vers l’automne Érable, lancer nos chants parés de rouges vigueurs. Allons! Devant nous tous les chemins s’ouvrent où les destins volontaires s’élancent. Déterminés et résolus! Soyons! Et soyons joyeux tout contre les grisailles, contre tous les fous ministères, fanions levés de nos maintes présences! Car nous sommes!  Ni décret ni l’odieux d’une loi ne peut nous enlever Nous! Ni les médisances sardoniques, ni les matraques et les gaz lacrymogènes, ni les insultes ni les tricheurs n’effaceront ou feront taire les voix debout à l’été indien! Allons!


Le capitaine ivre

Le capitaine ivre

.

Il n’est pas rare dans le temps

Qu’un capitaine fût pris

D’étrange griserie

À mater l’océan

.

Maître à bord après Dieu

Et se prenant pour tel

Au royaume du vent et des cieux

Il fustige les mortels

.

Ainsi lance-t-il les voiles

Nuit et jour sans escales

Sourd aux marins grognons

Aveugle aux moussaillons

.

Il n’est pas rare sous la voûte

Qu’un capitaine perde le Nord

Convaincu à son tort

D’empocher des étoiles

.

Naissent alors des mutineries

Au vu et au su du héro

Qui condamne les bannis

Au pain sec et à l’eau

.

Il arrive un moment dans l’histoire

Où les moussaillons prennent la barre

Aux fers les capitaines !!

Et leurs despotiques rengaines

.

.

Aile ~  22 mai 2011

Louise Dostie


Vagabondage

Mon esprit

Bercé par la sagesse des champs sauvages

Guidé par le souffle moelleux d’un soleil appesanti

Bordé d’un édredon de cirrus en dentelle

Est

Divague

Me détrompe des creux labours

Aile